Dans la continuité de l’étude quantitative menée par BVA Xsight pour le Collectif Nourrir, Terra Nova et Parlons Climat fin 2023, nos équipes qualitatives ont mené en avril 2024 des entretiens individuels auprès d’agriculteurs pour approfondir certaines thématiques et explorer les perceptions de cette cible dans un contexte de revendications.

L’agriculture, souvent perçue comme le berceau de la passion, de la tradition et de l’innovation, se trouve aujourd’hui en proie à une crise profonde. Des agriculteurs dévoués voient leur amour pour le métier entravé par une multitude de défis, allant des contraintes financières et réglementaires au changement climatique en passant par les difficultés de main-d’œuvre et le manque de reconnaissance sociale. Pour surmonter ces défis, il est crucial de reconnaître la diversité des positions et d’adopter des politiques qui prennent en compte les besoins et les réalités variés des agriculteurs.

Une profession passionnée mais en souffrance

Les agriculteurs se retrouvent confrontés à des situations personnelles difficiles, alimentant un sentiment général de pessimisme et d’abandon. Trois profils émergent parmi eux, chacun cherchant à naviguer dans ce contexte difficile à sa manière :

  • LE PRODUCTIVISTE : Une agriculture qui cherche à amortir des investissements en produisant plus.
  • L’AUTONOMISTE : Une agriculture qui cherche à retrouver de la rentabilité en prenant le contrôle sur son activité, en s’émancipant des système établis (distribution, labels, voire aides).
  • LE BON ÉLÈVE : Une agriculture qui cherche à se valoriser par la qualité et le travail bien fait, dans le respect d’une certaine tradition.

Une représentation pas forcément à la hauteur des enjeux

Malgré leur passion et leur engagement, les agriculteurs se sentent souvent oubliés dans les débats publics et peu écoutés par les décideurs politiques. Les syndicats agricoles sont perçus comme le seul véritable relai d’expression, mais ils sont critiqués pour leurs intérêts parfois divergents de ceux des agriculteurs.

Une mobilisation, reflet de cette situation

La récente mobilisation des agriculteurs reflète ce ras-le-bol généralisé, mais révèle également la difficulté des plus petits exploitants à faire valoir leurs revendications dans les négociations et à obtenir des résultats.

Un sentiment de révolte qui s’en trouve dès lors accru et pourrait, demain, mener à une radicalisation des positions et des actions…

Et la transition écologique dans tout cela ?

Les agriculteurs se sentent déjà engagés dans cette transition, ce qui les rend particulièrement sensibles aux critiques. Ils souhaitent des normes mieux adaptées à leurs réalités et que leur expertise soit mieux prise en compte. Dans ce contexte, les nombreuses modifications de normes, comme la mise en pause du plan Ecophyto créent de l’incertitude, rendant la transition peu lisible et pour certains agriculteurs un défi supplémentaire.

Face à cette réalité, les agriculteurs adoptent des positions variées face à la transition écologique, selon leur profil.

Les PRODUCTIVISTES sont réticents à tout changement qui pourrait compromettre leur production, tandis que les AUTONOMISTES se montrent plus ouverts à l’adaptation, en s’appuyant sur des pratiques agronomiques. Enfin, les BONS ÉLÈVES prônent un retour à des méthodes plus respectueuses de la nature.