A quelques jours de la COP28, BVA Xsight et la Banque Européenne d’Investissement dévoilent les résultats de la sixième édition de l’étude sur le climat réalisée auprès de plus de 30 000 personnes dans les 27 pays de l’Union européenne, au Royaume-Uni, aux Etats-Unis, en Chine, en Inde, au Japon, en Corée du Sud, au Canada et aux Emirats Arabes Unis. Cette édition montre que les Français accordent toujours une place majeure aux questions environnementales, même si le pouvoir d’achat est aujourd’hui leur préoccupation première. Mais ils n’opposent pas transition vers une économie bas carbone et lutte contre les inégalités ; au contraire, ils souhaitent que ces deux enjeux soient menés de front. Bien que faisant peu confiance à leur gouvernement en la matière, ils se déclarent favorables aux différentes politiques environnementales en faveur de l’équité sociale.

 

Le pouvoir d’achat domine toujours les préoccupations des Français, mais les questions environnementales revêtent une importance croissante

Comme lors de la vague précédente, l’augmentation du coût de la vie est, de loin, le principal défi qui préoccupe les Français, comme les autres Européens. En effet, 70 % des sondés citent l’inflation comme l’un des principaux défis auxquels la France est confrontée.

Bien qu’arrivant en retrait dans la hiérarchie de leurs préoccupations, les questions environnementales s’imposent toutefois comme un enjeu majeur pour les Français, le changement climatique (45 %) et la dégradation de l’environnement (28 %) complétant le podium des principaux défis auxquels le pays est confronté, parmi une liste de dix sujets.

Au niveau européen, ce sont les inégalités de revenus qui arrivent en troisième position, citées par 28 % des citoyens. Il s’agit d’une attente légèrement inférieure pour les Français, 23 % d’entre eux en faisant une priorité pour leur pays, derrière les questions migratoires (25 %) et l’accès à la santé (24 %).

Cependant, les Français n’opposent pas les politiques environnementales à l’équité sociale, les deux questions devant au contraire aller de pair

Les Français, comme les Européens, n’opposent pas la transition vers une économie bas carbone à la lutte contre les inégalités. Pour eux, il faut au contraire les articuler étroitement. Ainsi, plus des deux tiers des Français (68 %) considèrent que la transition vers une économie sobre en carbone ne peut se faire que si l’on s’attaque en même temps aux inégalités.

En dépit de cette conscience de la nécessité d’une « transition juste », seule une minorité de Français (39 %) fait confiance à leur pays pour adopter des politiques qui permettent à la fois de réduire les émissions de gaz à effet de serre et de lutter contre les inégalités sociales

Forts de ce constat, les Français soutiennent les politiques fiscales écologiques visant à réduire les inégalités

Lorsque l’on regarde de plus près les différentes initiatives en faveur de l’équité sociale, les Français apparaissent favorables aux mesures proposées, même s’il s’agit de mesures financières. Parmi les personnes interrogées, 75 % seraient favorables à la mise en place d’une taxe carbone sur les revenus/recette ; les trois quarts (75 %) seraient également favorables à une réforme de la fiscalité sur les combustibles fossiles (éliminer les subventions et les allégements fiscaux pour les entreprises qui utilisent des combustibles fossiles et le transport aérien, pour subventionner les énergies renouvelables et les technologies propres). De plus, sept Français sur dix (71 %) sont favorables à la création d’une taxe progressive sur les émissions de carbone (les personnes ayant un revenu plus élevé seraient plus fortement taxées lorsqu’elles achètent des produits comme du pétrole).

Plus surprenant, la plupart des Français (53 %) seraient également d’accord pour payer des impôts sur le revenu supplémentaires pour financer des politiques climatiques qui profitent aux personnes aux revenus plus faibles qu’eux. Les Français sont cependant plus réticents à l’égard d’une telle taxe que l’ensemble des Européens (59 % y sont favorables). Cependant, la majorité des Français ne souhaiteraient allouer qu’une infime partie de leurs revenus au financement de ces politiques climatiques : 41 % des Français ne seraient prêts à payer que 1 % à 2 % de leurs revenus.

Mais les Français ont des sentiments mitigés quant à l’impact de ces politiques, craignant qu’elles n’aggravent leurs difficultés économiques

Alors que près de huit Français sur dix estiment que les politiques en faveur de l’environnement auront au moins un impact positif (79 %), ils sont partagés sur les répercussions de ces mesures. Une majorité d’entre eux estime que ces mesures amélioreront leur qualité de vie (59 %) et qu’elles seront bénéfiques en termes d’emplois, en créant plus d’emplois qu’elles n’en détruiront (57 %). En revanche, seule une minorité (23 %) estime que ces politiques auront un effet positif sur leur pouvoir d’achat (qui est le principal défi auquel ils sont confrontés).

Le pouvoir d’achat est, en effet, un enjeu crucial pour les Français, même s’ils soutiennent les politiques de lutte contre le changement climatique : dans un premier temps, deux tiers des Français (65 %) considèrent que la lutte contre le changement climatique ne doit pas affecter leurs ressources.

Face à la sortie des énergies fossiles, qui entraînerait la perte de nombreux emplois dans ce secteur, les Français sont en revanche divisés. La moitié d’entre eux (52 %) pense que le gouvernement devrait subventionner et soutenir la formation qui permet aux travailleurs de ces industries de changer de carrière, mais 30 % pensent que les combustibles fossiles ne devraient pas être éliminés, car cela pourrait entraîner une perte d’emplois et, par conséquent, faire basculer une partie de la population dans la pauvreté.