Léger regain d’intérêt pour les élections à quelques jours du scrutin

La date précise du scrutin est désormais relativement bien connue des Français :  82% des inscrits savent que les élections européennes se tiendront dimanche prochain, le 9 juin. Ce qui fait tout de même près d’un Français inscrit sur les listes électorales sur cinq qui l’ignore encore, notamment parmi les jeunes (25% des 18-24 ans) ainsi que les employés et ouvriers (25%), et en dit long sur la distance qu’entretient une partie de la population avec le vote.

Si on enregistre un léger regain d’intérêt pour ces européennes (65%; +3 pts par rapport à notre précédente mesure, mi mai), tout comme un léger frémissement dans l’intention de se déplacer aux urnes dimanche (47% en sont absolument certains, +2 pts), tout cela demeure très fragile et témoigne d’une mobilisation encore assez limitée chez les Français. Rappelons qu’il est toujours très compliqué d’estimer la participation électorale, mais à ce jour, rien n’indique que la participation sera supérieure à celle de 2019 (50,12%).

A l’instar de ce que l’on observe souvent dans nos enquêtes, certaines catégories de population se montrent toujours moins enclines à aller voter : c’est le cas des jeunes notamment, moins d’un sur trois ayant l’intention de le faire (31% des 18-24 ans et des 25-34 ans). Mais on observe aussi de nettes différences selon le profil politique : ainsi l’électorat de Marine Le Pen de 2022 apparait comme le plus mobilisé (60% ont l’intention certaine de voter), contrairement à celui d’Emmanuel Macron (51%) et de Jean-Luc Mélenchon (46%). Des différences qui pourraient peser lourd dans les scores dimanche prochain.

Une nette consolidation du vote RN (33%)

A quelques jours du scrutin, le socle du Rassemblement national semble particulièrement solide : 33% des personnes certaines de se déplacer ont l’intention de voter pour la liste conduite par Jordan Bardella, qui atteint ainsi son plus haut score depuis le début de nos mesures. Son avance ne cesse de se creuser au fil des vagues d’enquête avec une consolidation assez nette de son noyau électoral, qui repose sur :

-La forte mobilisation de cet électorat, à la fois dans l’intention d’aller voter comme on l’a vu, mais aussi dans la constance du vote (86% des électeurs de Marine Le Pen 2022 ont l’intention de voter pour la liste RN)

-Une certitude de choix très élevée de ses électeurs (90%) et inégalée parmi toutes les listes testées

-Sa capacité à mordre sur tous les segments de population, y compris ceux qui étaient jusqu’à présents plus réfractaires (27% chez les séniors, 25% chez les catégories aisées)

-Des motivations de vote plus riches qu’on ne le dit parfois, reposant à la fois sur la volonté de sanctionner Emmanuel Macron (77% voteront avant tout pour s’opposer à Emmanuel Macron) mais aussi, de plus en plus, sur l’adhésion sur le fond aux propositions de la liste (45%).

-Des réserves potentielles de voix chez les électeurs de Marion Maréchal, en retrait

Dès lors, Jordan Bardella a beau jeu de rappeler à ses électeurs lors de toutes ses interventions qu’il ne faut ni se démobiliser, ni s’éparpiller : ce sont de fait les deux seuls risques auxquels il semble être exposé aujourd’hui.

Valérie Hayer se maintient en deuxième position (16%), devant Raphaël Glucksmann (14%)

A quelques jours du scrutin, la liste de Valérie Hayer se maintient en deuxième position (16%; -1 depuis notre dernière mesure), devant celle de Raphaël Glucksmann (14%; +1) même si l’écart entre les deux se situe dans la marge d’erreur statistique de l’enquête. La candidate de la majorité présidentielle peut compter sur un noyau électoral plus solide que le leader de Place publique (85% des personnes ayant l’intention de voter pour la liste Renaissance sont sûrs de leur choix contre 64% seulement pour la liste PS-PP) et un risque d’émiettement des voix plus limité : le score de Valérie Hayer pourrait ainsi osciller entre 12,5% (potentiel bas) et 17% (potentiel haut) quand celui de Raphaël Glucksmann enregistre une amplitude plus forte (de 9% à 16%) du fait d’électeurs indécis plus nombreux et d’un risque de porosité – notamment avec d’autres listes à gauche – plus important.

Concernant Valérie Hayer, le réflexe légitimiste de son électorat est assez net : volonté de soutenir le gouvernement (51%) et fidélité à l’étiquette du parti (53%) constituent des ressorts importants du vote, tandis que les propositions défendues par la liste sont moins fondamentales (36%). Dans un contexte d’impopularité forte du gouvernement, cela semble un peu fragile et explique le faible score de la liste présidentielle par rapport à 2019. Valérie Hayer ne parvient toujours pas, à quelques jours du scrutin, à mobiliser l’électorat d’Emmanuel Macron de 2022, soit parce que celui-ci n’a pas envie de voter, soit parce qu’il se tourne vers d’autres formations politiques : on retrouve en effet une réactivation du clivage gauche droite chez certains électeurs qui ont pu un temps être tentés par le « en même temps présidentiel » : ainsi, 17% des électeurs d’Emmanuel Macron au 1er tour de 2022 qui sont certains d’aller voter se tournent vers la liste du PS-PP, 10% vers la liste LR.

Si Raphaël Glucksmann bénéficie de cette dynamique, et plus encore de celle lui permettant de récupérer des électeurs mélenchonistes et écologistes, son score reste toutefois fragile, avec un niveau d’indécision élevé (36%) à cette échéance du scrutin.

A gauche, LFI se maintient (7,5%) tandis que EELV se rapproche du seuil de 5%

La liste conduite par Manon Aubry est créditée de 7,5% des intentions de vote, à un niveau similaire à celui de notre dernière mesure mi mai (-0,5). Si la stratégie de focalisation de la campagne sur le conflit entre le Hamas et Israël ne se traduit pas par un élargissement de l’électorat permettant un rapprochement de la liste menée par Raphaël Glucksmann, elle semble néanmoins contribuer à solidifier le noyau dur d’électeurs : désormais 53% des personnes ayant l’intention de voter pour la liste LFI déclarent que le conflit au Proche orient sera très important dans leur choix de vote, même si les thématiques sociales continuent de dominer à leurs yeux.

En termes de potentiel, le score de LFI oscille entre 6% et 9%, ce qui devrait lui permettre d’envoyer des députés au Parlement européen. Ce n’est pas le cas de la liste EELV, créditée de 5,5% des intentions de vote seulement, avec un potentiel bas à 3%, sous le seuil de 5% permettant d’envoyer des représentants à Strasbourg. Même si la liste peut compter sur une proportion d’électeurs certains de leur choix plus élevée que mi mai (62%), une part non négligeable continue d’hésiter, rendant le score potentiel de la liste très tributaire d’évolutions de dernière minute.

A droite, François-Xavier Bellamy consolide son score (6,5%), celui de Marion Maréchal est plus fragile (5%)

La liste LR recueille 6,5% des intentions de vote, sans beaucoup d’évolution depuis plusieurs semaines, à un niveau en-deçà de son score de 2019 (8,5%). La difficulté pour la liste LR est de parvenir à trouver sa place entre la liste Renaissance, qui séduit 9% des électeurs de Valérie Pécresse de 2022, et celle de Jordan Bardella, qui en séduit encore plus (18%). Si le « vote d’étiquette » fonctionne toujours (la principale motivation des électeurs potentiels de François-Xavier Bellamy est le positionnement du parti qui la soutient), l’espace politique est réduit et le risque pour LR de ne pas envoyer de députés au Parlement européen n’est pas exclu, son potentiel bas étant de 4%.

Le constat est un peu similaire pour la liste de Marion Maréchal, qui obtient tout juste 5% des intentions de vote, en retrait par rapport à la mi mai (-1), notamment du fait de la concurrence de la liste RN dont elle semble pâtir : 55% des électeurs d’Eric Zemmour en 2022 ont ainsi l’intention de voter pour le RN. Les thématiques qui motivent ces deux électorats (RN et Reconquête) sont d’ailleurs identiques (sécurité et immigration), citées quasiment au même niveau. Pour autant, son potentiel semble moins volatile (il oscille entre 4% et 5%), une partie de plus en plus importante de ses électeurs étant sûrs de leur choix (81%), mais à un niveau qui la place en position très incertaine pour pouvoir envoyer des députés à Strasbourg.

La célébration du 80e anniversaire du débarquement et le discours de Volodymyr Zelensky peuvent-ils changer la donne ?

Il peut toujours se passer des choses en fin de campagne, et les électeurs se décident de plus en plus au dernier moment, comme on l’a vu lors de la dernière présidentielle. Rappelons que plus d’un Français sur deux n’a pas l’intention d’aller voter et 23% de ceux qui sont certains de le faire et expriment une intention de vote peuvent encore changer d’avis. C’est loin d’être négligeable : un surcroît de mobilisation de dernière minute ou un changement intempestif de bulletin dans l’isoloir, notamment à gauche, peuvent faire bouger les lignes.

Dès lors, le discours d’Emmanuel Macron à la télévision jeudi, suivi de celui de Volodymyr Zelensky à l’Assemblée vendredi, qui vont tous deux rappeler le contexte international, ne sont pas anodins. Mais aujourd’hui, force est de constater que la guerre en Ukraine ne constitue pas un levier significatif du vote : seuls 48% des inscrits déclarent que cela comptera dans leur choix de vote (ou de non vote), dont seulement 16% que cela sera « très important » dans leur décision. Même parmi l’électorat Renaissance, a priori plus sensible à la thématique, seuls 26% disent que cela aura beaucoup d’importance. Il n’est donc pas dit que cela soit véritablement de nature à changer les rapports de force.