Les Français, perplexes quant au vote de la motion de rejet, souhaitent malgré tout que le projet de loi soit examiné par le Parlement

Le vote par l’Assemblée nationale de la motion de rejet de la loi immigration suscite des réactions contrastées chez les Français : nombre d’entre eux (38%) se disent indifférents à cet événement, qui peut paraitre technique et dont les répercussions sont encore floues. Parmi ceux qui expriment un sentiment, 32% se déclarent satisfaits du rejet du projet de loi immigration, alors qu’ils sont tout autant (30%) à se dire mécontents de ce vote.

Mais la lecture de cet événement est très fortement liée à la proximité partisane des répondants. Ainsi un sympathisant sur deux de LFI et du RN se déclare satisfait (49%). A l’inverse, les sympathisants du parti présidentiel sont majoritairement mécontents (68%). A noter qu’alors que les députés LR ont massivement voté en faveur de cette motion de rejet, les sympathisants du parti sont beaucoup plus divisés : 34% sont satisfaits de ce vote, mais 40% (soit 6 points de plus) se déclarent mécontents.

Si la motion de rejet divise les Français, leurs attentes sont en revanche bien plus claires quant au texte de loi sur l’immigration : 68% souhaitent que ce projet de loi immigration continue d’être examiné par le Parlement. Seuls les sympathisants LFI espèrent majoritairement (58%) le retrait de ce texte de loi, suite au vote de la motion de rejet.

Les Français appellent au renouvellement dans le Gouvernement…

Alors que le Président a refusé la démission de son ministre de l’Intérieur, la majorité des Français (57%) considère que Gérald Darmanin devrait démissionner. Mais ce souhait de démission est encore une fois très fortement corrélé aux sympathies partisanes : si cette attente est majoritaire auprès des sympathisants RN (74%) et de gauche (67%), le ministre de l’Intérieur bénéficie d’un soutien marqué de la part des sympathisants Renaissance (81% ne souhaitent pas qu’il démissionne) et de ceux des Républicains (64% le soutiennent).

De même, 66% des Français souhaiteraient voir le Président opérer un changement de Premier ministre (+6 points par rapport à juin dernier), mais ce désir de remaniement émane principalement des opposants au gouvernement : 71% des sympathisants de gauche et 83% des sympathisants RN. Les électeurs d’Emmanuel Macron au premier tour de la présidentielle soutiennent toujours la cheffe du gouvernement (64%).

… mais la popularité du couple exécutif pâtit peu de cet événement politique

La cote de popularité d’Elisabeth Borne reste relativement stable à 30% de bonnes opinions (-2 points), tout comme celle du Président à 32% (-2 points). Les souhaits de remaniement et le vote de la motion de rejet ne font finalement que cristalliser les oppositions préexistantes sans modifier en profondeur le rapport de force et la perception de la politique menée.

Les Français sont toujours mécontents de la politique du gouvernement et souhaiteraient une dissolution, mais sans qu’une alternative claire ne se dessine

Comme en juin dernier, la majorité des Français (54% ; -1) voudrait une dissolution de l’Assemblée nationale, sans que ce score ne soit très massif néanmoins. Cette attente émane toujours des sympathisants RN (74%) et LFI (59%) ; les autres formations politiques sont nettement plus mitigées : 41% des proches du PS et 46% des proches des LR seulement la souhaitent.

En cas de dissolution, aucune opposition claire ne semble se dessiner. Le RN est toujours le parti que les Français souhaiteraient le plus voir se renforcer à l’Assemblée, mais ce souhait reste minoritaire (36%, +3 points par rapport à juin) et inférieur au souhait d’affaiblissement (38%).

A gauche, EELV et le PS sont les partis qui tireraient relativement le plus leur épingle du jeu, 29% et 25% des Français espérant que ces partis soient renforcés. A l’inverse LFI reste toujours très clivant dans l’opinion : 16% des Français souhaiteraient voir le parti se renforcer à l’Assemblée (-2 points), mais la majorité des répondants voudraient au contraire le voir affaibli (53%, +8 points). Le parti de Jean-Luc Mélenchon est toujours celui qui suscite le plus de rejet.

Le fait qu’aucun groupe politique ne dispose d’une majorité absolue à l’Assemblée nationale est de moins en moins perçu comme une chance : ce ne sont désormais plus que 37% des Français qui considèrent cela comme une bonne chose (-19 points depuis les législatives de juin 2022). A l’inverse, une part croissante considère que cette situation entraine la paralysie du pays, empêchant toute réforme (36%, +12 points).