Massivement utilisés par les 15-24 ans, les réseaux sociaux font la part belle à l’image, via les photos et vidéos qui circulent dans les stories et autres canaux de discussion. Par ce contenu, qui travestit parfois la réalité à grand renfort de filtres et surtout de mise en scène de soi, ceux-ci véhiculeraient de nouveaux codes esthétiques aux conséquences inévitables et potentiellement négatives pour ceux qui y sont exposés. Quoi qu’il en soit, les jeunes d’aujourd’hui seraient notamment beaucoup plus sensibles et surtout plus attentifs à leur apparence – pour ne pas dire obsédés par celle-ci. Alors, mythe ou réalité ?

Une société plus favorable à l’affirmation des différences et des codes de moins en moins genrés

La moitié des jeunes de 18 à 25 ans estiment qu’il est aujourd’hui plus facile d’affirmer ses différences par rapport aux précédentes générations – 31% jugent au contraire que c’est plus difficile et 17% ne voient pas d’évolution majeure à souligner.

Cette prise en compte des particularités de chacun – ou son corollaire, la revendication d’un certain naturel que l’on ne cherche pas nécessairement à masquer – s’observe également dans les « rituels beauté » des jeunes, beaucoup moins systématiques qu’on ne pourrait l’imaginer : ils ne sont notamment que 36% à indiquer porter des bijoux, 29% à assortir leur tenue de la tête au pied et 17% à se coiffer de manière élaborée quotidiennement.

Même si des différences fortes existent sur le sujet, traduisant encore des fonctionnements assez genrés, on observe ainsi une sorte de porosité des pratiques :

  • Si 13% seulement des jeunes femmes ne se maquillent jamais, elles ne sont que 32% à le faire de façon quotidienne, cette pratique étant avant tout occasionnelle pour elles.
  • A l’inverse, 1 jeune homme sur 7 le fait parfois (14%), dont même 4% de façon quotidienne.

« Différent oui, mais stylé ! »

Pour autant, on aurait tort de croire que les 18-25 ans sont aujourd’hui totalement affranchis de toute pression sociale. Cette dernière semble en revanche se concentrer autour d’un nouvel impératif : le « style » : presqu’un jeune sur deux (47%) estime qu’il est plus difficile qu’avant d’être accepté quelle que soit son apparence.

Dès lors, 85% des jeunes attachent de l’importance à leur propre apparence. Les jeunes femmes sont très nombreuses à répondre par l’affirmative (89%) mais les jeunes hommes sont loin d’être en reste (80%).

D’ailleurs, pour 63% des répondants, les jeunes d’aujourd’hui accordent plus d’importance que leurs ainés à ce sujet. Pour le coup, les jeunes femmes se distinguent nettement des jeunes hommes dans ce constat (72% contre 55%).

Le « style » ou comment s’affranchir des marques… mais pas du diktat des tendances

Mais alors, avoir du style, qu’est-ce que cela signifie ? Assurément, cela ne se résume pas à porter des marques : seuls 40% déclarent que c’est important pour eux d’en porter, dont seulement 9% « très important ».

Si les jeunes ne font pas des marques une condition sine qua non de leur recherche de style, le fait d’être en ligne avec les tendances du moment leur apparait en revanche un prérequis significatif : 54% indiquent suivre la mode en matière vestimentaire et ce aussi bien chez les jeunes femmes (55%) que chez les jeunes hommes (53%).

Les réseaux sociaux, une machine à complexes ?

Interrogés sur ce que leur inspire le plus souvent les réseaux sociaux, en particulier les photos qu’ils peuvent y voir, que ce soit sur les comptes de leur entourage ou de personnes connues, les jeunes apportent à première vue une réponse « rassurante ».

Si les réseaux sociaux inspirent en effet aux jeunes près de deux fois moins de sentiments négatifs que de sentiments positifs (28% vs 54%)…

  • 17% des jeunes déclarent que les photos vues sur les réseaux provoquent chez eux des complexes voire un sentiment d’infériorité.
  • Un jeune sur dix (9%) déclare ressentir de la jalousie.
  • 6% répondent que cela leur inspire du mépris.

Les jeunes femmes sont plus nombreuses que les jeunes hommes à déclarer ressentir des sentiments positifs (61% contre 47%) mais elles sont surtout plus nombreuses à ressentir des sentiments négatifs (38% contre 18% seulement pour les jeunes hommes, soit 20 points de plus). Et très concrètement, c’est plus d’un quart des jeunes femmes qui déclarent que les réseaux sociaux font naître chez elles des complexes voire un sentiment d’infériorité (27% contre 8% « seulement » des jeunes hommes). L’envie et la jalousie sont aussi des sentiments plus présents chez les jeunes femmes (13% contre 5% des jeunes hommes seulement).

L’influence des réseaux sociaux sur les jeunes et leur perception de leur propre apparence est telle que :

  • Près d’un jeune de 18 à 25 ans sur deux admet vouloir perdre du poids après avoir vu de jolies photos de personnes de son entourage ou de stars / d’influenceurs sur les réseaux sociaux (47%).
  • Plus de 2 jeunes sur 10 reconnaissent qu’ils pourraient même se tourner vers la chirurgie esthétique dans les années à venir (ou qu’ils s’y sont déjà tournés).

Une demande de répit ?

Moins d’un quart des jeunes affirment être « tout à fait » à l’aise dans leur peau (24%). Les jeunes femmes sont presque deux fois plus nombreuses à exprimer un mal-être que les jeunes hommes (29% contre 16%).

Dans ce contexte, près de deux tiers des jeunes se montrent favorables au port de l’uniforme dans le monde scolaire (64%), autant les jeunes femmes que les jeunes hommes ; peut-être est-ce l’expression d’un signal d’alarme plutôt que d’une envie réelle ? Dans cette société de l’image qui les met en permanence sous pression, l’uniforme est peut-être vu comme la possibilité de souffler un peu et d’obtenir un certain répit, à l’abri des regards et des jugements.

Retrouvez la note de l’étude ici.